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19/02
Émission de radio Regards croisés sur l’Amérique latine réalisée le vendredi 19 février, dans le cadre de Campus Plein Sud.

Interview de Sébastien Boussois par Luz Garcia du SEDIF.

L’invité du jour est Sébastien Boussois, chercheur et spécialiste du conflit israélo-palestinien et collaborateur au Pôle Bernheim d’Etudes sur la Paix et la Citoyenneté. Il expose ses photographies et son livre « Palestinisraël : Voyage en pays inconnu » au foyer culturel de l’ULB, campus Solbosch, du 18 au 26 février 2010.

Le projet de cet ouvrage a débuté il y a deux ans, après sa thèse, lorsqu’il s’intéressait aux « nouveaux historiens » et à leur influence en Israël, surtout depuis l’effondrement de la gauche radicale. Son ouvrage, « Palestinisraël, voyage en pays inconnu », est parti au départ d’un projet personnel, d’une envie artistique, celle de la photographie. Il a pris de nombreux clichés et en a retenu environ une vingtaine. Si Sébastien Boussois a choisi la photographie, c’est d’une part parce qu’il se passionne pour cet art, mais surtout parce qu’il désirait mettre de côté le conflit et attirer davantage l’intérêt sur les personnes vivant dans cette région. Cet ouvrage, que l’auteur qualifie lui-même « d’objet littéraire non identifié » allie photographie et chronique, deux choses pouvant être tout à fait complémentaires. La photographie peut être considérée comme un outil comme les autres, voire même ayant une force de sensibilisation plus importante. En effet, chacun regarde et interprète la photo comme il l’entend.

Sébastien Boussois n’a pas la prétention de se dire photographe même s’il s’est lancé dans ce projet d’exposition. Ses photographies ont déjà été exposées à Paris, le sont actuellement pour 10 jours au foyer culturel de l’ULB et le seront certainement avant l’été à Jérusalem et Ramallah.

Le problème dans ce conflit qui perdure c’est que chacun a son propre avis sur la question, comme Juif, arabe, ami de musulman… De plus, l’exportation du conflit a un impact énorme et multiplie les voix et les opinions. Il est difficile de prendre du recul par rapport à un tel conflit, mais cela est nécessaire.

Depuis presque 1948, l’histoire de ces deux pays voisins a été parsemée d’espoir et de déceptions, avec notamment les accords d’Oslo, de Camp David II… jusqu’à finalement le penchant de plus en plus à droite de la société israélienne. La droite israélienne s’est en effet décomposée car elle a été tenue responsable de l’échec des accords d’Oslo. Même pour les artistes israéliens, il est difficile de rester à gauche et certains se sont même positionnés en faveur de l’édification du mur entre Israël et la Palestine en 2001. Aujourd’hui, la situation se trouve dans une impasse, avec d’un côté le Likoud et de l’autre le Hamas.

Concernant les initiatives citoyennes, il existe un certain nombre de mouvements qui pourraient permettre le dialogue. Il existe aussi des liens, surtout économiques, entre les deux pays, mais le principal problème en Israël, c’est Israël lui-même. Quelques ONG, surtout américo-palestiniennes, sont actives sur le terrain, mais beaucoup d’efforts restent à faire.

À travers la réalisation de « Palestinisraël », l’auteur a montré que ces gens étaient condamnés à vivre ensemble. Cela est possible, mais c’est très compliqué. L’idée spirituelle de la photo est de montrer que la terre est habitée par des gens, mais aussi par une force que l’on est obligé de ressentir.

Concernant la musique, les Palestiniens sont plutôt tournés vers le Mashrek (Égypte, Liban, Syrie et Jordanie) qui s’inspirent d’artistes comme l’excellente Oum Kalthoum et créent de la pop arabe. Certains artistes se battent pour autoproduire leur album, souvent de rap. En revanche, les Israéliens s’inspirent de la musique européenne et la réorchestrent. La menta dance israélienne rivalise avec la grande pop occidentale dans les boîtes de nuit de Tel-Aviv. Cette musique est devenue le symbole d’une jeunesse israélienne qui, malgré tout, a envie de vivre et de s’amuser.

L’auteur pense qu’il finira par y avoir une décision politique pour résoudre ce conflit, mais le problème est de savoir si la solution adoptée sera un État binational ou bien la création d’un État palestinien indépendant. D’ici 2050, les Juifs seront minoritaires dans leur pays, il est donc urgent de trouver une solution. Même les spécialistes européens n’arrivent pas à s’accorder sur une des deux solutions. Lorsque l’on regarde les cartes de la région, on remarque qu’il serait difficile de former un État continu et contigu sur ce territoire. Beaucoup tentent de relancer l’idée d’un État binational, mais la logique israélienne est une logique d’enfermement, on le voit bien avec le mur. La priorité est de permettre à Israël de vivre en harmonie avec les autres pays, et ce, sur le long terme. Cette question est un vrai problème, l’auteur ne pense pas qu’une solution sera adoptée prochainement.

Selon Sébastien Boussois, la gauche israélienne ne renaîtra pas avant 20 ans et ne reprendra donc pas les négociations de paix. La gauche est tenue responsable de l’échec des accords d’Oslo et c’est la droite qui a permis la signature des accords de Camp David. C’est également la droite, avec Ariel Sharon, qui s’est désengagée de Gaza en 2005.

Il existe des mouvements pour la paix en Israël, mais ils sont malheureusement de plus en plus minoritaires et sont souvent des mouvements d’action radicale, comme ceux qui se positionnent contre la construction du mur. Il existe également le mouvement de sensibilisation Taayoush, mouvement judéo-arabe israélien qui lutte pour une coexistence pacifique entre Arabes et Juifs et organise de nombreuses actions de solidarité en faveur des Palestiniens d’Israël et des territoires occupés.

Rappelons les ouvrages de Sébastien Boussois :

  • Dominique Vidal (avec Sébastien Boussois), Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), L’Atelier, Paris, 2007. Ce livre présente une synthèse des ouvrages des « nouveaux historiens » israéliens consacrés aux racines du conflit israélo-palestinien et dont beaucoup n’ont toujours pas été traduits en français.
  • Israël confronté à son passé. Essai sur l’influence de la « nouvelle histoire », L’Harmattan, Paris, 2008. Une étude fouillée sur la place des « nouveaux historiens » en Israël, les apports et la réception de leurs travaux, qui ouvrirent la voie à un courant de pensée critique, dans les années 1990, composé d’intellectuels, d’universitaires, d’écrivains et d’artistes.
  • Palestinisraël : Voyage en pays inconnu, Éditions du Cygne, Paris, 2009
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Pour plus d’information, consultez son blog : http://sebastienboussois.blogspot.com

Propos recueillis par Laure Jacquet

 
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